Les Français et l’incarcération

Sondage Harris Interactive pour le Barreau de Paris

Enquête réalisée en ligne du 18 au 19 juin 2018. Échantillon de 1 171 personnes, représentatif des Français âgés de 18 ans et plus. Méthode des quotas et redressement appliqués aux variables suivantes : sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle et région de l’interviewé(e).

 

Quel regard les Français portent-ils sur les conditions d’incarcération en France ? Quelles mesures envisagent-ils pour les améliorer ?

 

Que retenir de cette enquête ?

L’incarcération en France, un modèle perçu comme défaillant

  • Les Français assignent de multiples missions au système pénitentiaire : neutraliser des individus dangereux pour la société (74% « tout à fait prioritaire »), mais aussi éviter leur radicalisation en prison (76%) ou la récidive à leur sortie (62%). Dans une moindre mesure, la prison est aussi attendue sur sa capacité à dissuader les citoyens de commettre des délits et des crimes (49% « tout à fait prioritaire ») et à favoriser la future réinsertion des détenus (38%). Au regard de ces objectifs exigeants, les Français dressent néanmoins un constat d’échec. 62% estiment que tous ces objectifs sont mal remplis, les plus jeunes (55%) se montrant plus cléments à l’égard du système que leurs aînés (67% chez les plus de 50 ans). Éviter la radicalisation religieuse des détenus, sujet émergent il y a encore quelques années, se place aujourd’hui comme un des enjeux suscitant le plus d’inquiétudes (91% « objectif mal rempli aujourd’hui »).

 

  • Concrètement les prisons riment aujourd’hui avec « surpopulation » selon les Français, qui entretiennent un rapport complexe aux conditions de détention. Concrètement, plus de 80% estiment que les personnes incarcérées subissent fréquemment des violences verbales, physiques, ou sexuelles, une situation à laquelle les personnes issues des catégories supérieures se déclarent plus sensibles que la moyenne. Pour autant, de façon globale, seuls 50% des Français estiment que les conditions d’incarcération des détenus ne sont pas satisfaisantes (jusqu’à 59% chez les plus diplômés d’entre eux).

 

  • Entre aveu des difficultés de la prison et reconnaissance de conditions de vie pénibles pour les détenus se glissent ainsi les questions liées au financement du système pénitencier, perçu comme insatisfaisant par la quasi-totalité des Français : 78% se montrent mécontents de la situation actuelle. Les verbatim spontanés évoquent notamment le décalage entre l’argent public déboursé pour les prisons et leur état de fonctionnement, de même qu’ils mentionnent les frustrations de certains citoyens à l’égard des services auxquels des détenus auraient supposément accès. Les Français estiment par ailleurs que ce coût pour la collectivité s’est alourdi au cours des dernières années (62% le pensent), tout comme ils perçoivent une aggravation de la situation pour les personnels pénitentiaires (78%). La question de la détérioration des conditions de vie des détenus, elle, clive davantage : 34% estiment qu’elles se sont améliorées, 37% qu’elles se sont dégradées. À nouveau, les personnes issues des catégories supérieures et les plus diplômées expriment un regard plus inquiet que la moyenne.

 

  • Ce constat des difficultés du système pénitentiaire confine la France à un niveau médian dans la comparaison avec d’autres pays sur les conditions de vie des détenus. Le modèle français apparait comme un entre-deux entre les modèles scandinave – mieux perçu – et américain – moins bien perçu. À ce niveau, la France reste finalement comparable à ses voisins européens, Allemagne et Royaume-Uni.

 

  • Le recours à l’incarcération a-t-il donc atteint ses limites dans l’esprit des Français ? Force est de constater une vision très contrastée de la plupart d’entre eux. Certes, ils ont tendance à affirmer majoritairement que les peines de prison ne sont pas assez fréquentes, ni pour les crimes (73%), ni pour les délits (59%). Mais ils se montrent ouverts à des alternatives, notamment concernant les peines de moins de 5 ans. 63% des Français se disent ainsi  favorables à transformer les peines de prison de moins de 5 ans en travaux d’intérêt général (TIG) pour les délinquants les plus jeunes. De même, 57% considèrent favorablement l’idée de faire exécuter les peines de prisons de moins de 5 ans dans des « prisons ouvertes », où les détenus peuvent circuler librement pendant la journée, et qui reposent sur des projets de réinsertion et de responsabilisation des détenus.

 

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